{"id":104,"date":"2023-08-18T20:35:08","date_gmt":"2023-08-18T18:35:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.droitangloamericaindespi.com\/copyright\/?post_type=chapter&#038;p=104"},"modified":"2024-02-26T21:42:02","modified_gmt":"2024-02-26T20:42:02","slug":"caracteristiques-des-droits-anglo-americains-des-proprietes-intellectuelle","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/www.droitangloamericaindespi.com\/copyright\/chapter\/caracteristiques-des-droits-anglo-americains-des-proprietes-intellectuelle\/","title":{"raw":"Caract\u00e9ristiques g\u00e9n\u00e9rales et mod\u00e8les","rendered":"Caract\u00e9ristiques g\u00e9n\u00e9rales et mod\u00e8les"},"content":{"raw":"&nbsp;\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\n<strong>4._ Pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale_<\/strong> En mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, les r\u00e9gimes de protection mis en place dans les pays de <em>common law<\/em> pr\u00e9sentent des caract\u00e9ristiques qui les \u00e9loignent de ceux adopt\u00e9s par leurs voisins de tradition romano-germanique. Les diff\u00e9rences, de fond et de forme, sont importantes dans le domaine de la propri\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire et artistique et en mati\u00e8re de signes distinctifs. Elles sont moins prononc\u00e9es en propri\u00e9t\u00e9 industrielle, sauf dans le cas des \u00c9tats-Unis et de certaines l\u00e9gislations extraeurop\u00e9ennes. Mais au-del\u00e0 des solutions de fond et de forme, c\u2019est l\u2019approche g\u00e9n\u00e9rale de la mati\u00e8re qui caract\u00e9rise ces l\u00e9gislations. Il faudra \u00e9galement dire un mot de la technique l\u00e9gislative et de la place accord\u00e9e, dans ce domaine, \u00e0 la jurisprudence, qui sont \u00e9galement caract\u00e9ristiques de ces syst\u00e8mes.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\n<strong>5._ L\u2019approche commercialiste_<\/strong> La <em>common law<\/em> a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e par des tribunaux dont la comp\u00e9tence s\u2019\u00e9tendait aux affaires qui seraient en France qualifi\u00e9es de civiles et commerciales. Et la loi des marchands, qui a exist\u00e9 s\u00e9par\u00e9ment de la <em>common law<\/em>, a \u00e9t\u00e9 progressivement absorb\u00e9e par cette derni\u00e8re[footnote]Jusqu\u2019\u00e0 y \u00eatre totalement int\u00e9gr\u00e9e au XVIIIe si\u00e8cle.[\/footnote]. Ainsi le droit anglais ne conna\u00eet pas de s\u00e9paration stricte entre le droit civil et le droit commercial: en principe les m\u00eames proc\u00e9dures, les m\u00eames r\u00e8gles, les m\u00eames pr\u00e9c\u00e9dents sont appliqu\u00e9s, par les m\u00eames tribunaux, aux litiges civils et commerciaux. En outre, aucun code de commerce, ni aucune r\u00e9forme de l\u2019organisation judiciaire, ne sont venus imposer une sp\u00e9cialisation des juges ou des universitaires. Il en est r\u00e9sult\u00e9 une \u00a0\u00ab commercialisation \u00bb de la <em>common law<\/em> et une sensibilit\u00e9 plus grande des juristes de <em>common law<\/em> aux probl\u00e9matiques du droit des affaires[footnote]Par exemple, si la <em>common law<\/em> anglaise a d\u00e9gag\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t des principes de droit de la concurrence au travers du <em>restraint of trade<\/em> et du<em> tort <\/em>de<em> passing off<\/em>, elle n\u2019a jamais d\u00e9velopp\u00e9 de doctrines similaires aux droits de la personnalit\u00e9. Le droit anglais des contrats pr\u00e9sente \u00e9galement les caract\u00e9ristiques d\u2019un droit des contrats commerciaux.[\/footnote]. Pour l\u2019exprimer plus clairement encore, \u00ab\u00a0le droit commercial est une partie int\u00e9grante de la <em>common law<\/em> de l\u2019Angleterre, et constitue peut-\u00eatre l\u2019expression la plus claire de l\u2019esprit v\u00e9ritable de la <em>common law<\/em>\u00a0\u00bb[footnote]<em>\u00ab\u00a0commercial law forms an integral part of the common law of England and, perhaps, is the clearest expression of the true spirit of the common law\u00a0\u00bb<\/em> C.M. Schmitthoff, \"Modern Trends in English Commercial Law\" (1957), in Essays on International Trade Law, Martinus Nijhoff Publishers \/ Graham &amp; Trotman, 1988, p 5.[\/footnote].\r\n\r\nCette fusion a cons\u00e9quence importantes, \u00e0 la fois sur la perception de la r\u00e8gle de droit et sur le fond du droit. Le juriste de <em>common law<\/em>, comme le juriste de droit fran\u00e7ais sensible \u00e0 la mati\u00e8re commerciale, aura ainsi tendance \u00e0 privil\u00e9gier les solutions certaines, pr\u00e9visibles, pratiques et efficaces d\u2019un point de vue \u00e9conomique. Ceci explique en partie les difficult\u00e9s pour introduire en droit anglais un principe g\u00e9n\u00e9ral de concurrence d\u00e9loyale, de droit \u00e0 l\u2019image ou de respect de la vie priv\u00e9e. Ou, plus pr\u00e8s de nous, en copyright, un principe de droit moral ou des r\u00e8gles de r\u00e9mun\u00e9ration \u00e9quitable des auteurs. L\u2019impossibilit\u00e9 de d\u00e9terminer avec pr\u00e9cision la lic\u00e9it\u00e9 d\u2019une activit\u00e9 au regard de principes d\u00e9finis de mani\u00e8re trop g\u00e9n\u00e9rale, les risques de litiges et les restrictions induites aux activit\u00e9s \u00e9conomiques, selon le cas, apparaissent inacceptables aux yeux de nombreux juristes de <em>common law<\/em>[footnote]V. sur le droit moral les remarques de <em>Frank J. <\/em>dans <a href=\"https:\/\/law.justia.com\/cases\/federal\/appellate-courts\/F2\/198\/585\/202631\/\">Granz v. Harris<\/a>, 198 F.2d 585, (2d Cir. 1952) p 590-591, reproduites <em>infra <\/em>n\u00b0152. Ou sur la concurrence d\u00e9loyale celles de <em>Fry L.J.<\/em> dans <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Mogul_Steamship_Co_Ltd_v_McGregor,_Gow_%26_Co\">Mogul SS v McGregor Gow<\/a> (1889) 23 Ch.D. (CA) p. 625\u2013626 : \u00ab <em>to draw a line between fair and unfair competition, between what is reasonable and unreasonable, passes the power of the courts<\/em> \u00bb (cit\u00e9 in W.R. Cornish et al., Intellectual property, 8e \u00e9d., Sweet &amp; Maxwell 2013, p. 16). L\u2019environnement juridique, et notamment les risques associ\u00e9s \u00e0 un proc\u00e8s, participe \u00e0 renforcer cette attitude. Il faut \u00e9galement tenir compte de l\u2019importance des lobbies (souvent industriels) dans le d\u00e9veloppement des r\u00e9gimes de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, notamment dans le domaine du copyright.[\/footnote].\r\n\r\nEn propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, cette approche \u00e9loigne tr\u00e8s fortement le copyright du droit d'auteur qui, par contraste, a subi l\u2019influence de certaines doctrines de droit civil (droits de la personnalit\u00e9 notamment) tout en r\u00e9sistant au mod\u00e8le plus commercial appliqu\u00e9 aux autres branches de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. Ainsi les sp\u00e9cialistes de copyright ont-ils naturellement plus d\u2019affinit\u00e9s avec les sp\u00e9cialistes fran\u00e7ais de propri\u00e9t\u00e9 industrielle (mati\u00e8re commerciale par destination, sinon par nature), qu\u2019avec leurs coll\u00e8gues de droit d\u2019auteur. Ce qui explique, au-del\u00e0 de l\u2019ethnocentrisme na\u00eff affich\u00e9 par certains, les incompr\u00e9hensions mutuelles entre certains sp\u00e9cialistes de copyright et de droit d\u2019auteur.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\n<strong>6._ L\u2019importance accord\u00e9e \u00e0 l\u2019analyse \u00e9conomique_<\/strong> Tout chercheur ou praticien dans notre mati\u00e8re aura not\u00e9 l\u2019importance que prend l\u2019analyse \u00e9conomique des droits de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle dans les syst\u00e8mes de droit anglo-am\u00e9ricain[footnote]Cornish, p. 37\u00a0: \u00ab\u00a0<em>No serious student of intellectual property law can today afford to ignore the economic arguments for and against the maintenance of these rights<\/em>\u00a0\u00bb. Et la litt\u00e9rature cit\u00e9e.[\/footnote]. Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019un simple effet de l\u2019id\u00e9ologie dominante ou de l\u2019influence de l\u2019\u00e9cole de <em>Law and Economics<\/em>, sensible aux \u00c9tats-Unis principalement, et tr\u00e8s pr\u00e9sente dans notre domaine[footnote]Notamment sous l\u2019influence de W.M. Landes et R.A. Posner, <em>The Political Economy of Intellectual Property Law<\/em>, AEI Press 2004; <em>The Economic Structure of Intellectual Property Law<\/em>, Harvard University Press, 2003. V. par exemple : T. G. Palmer, \u00ab Intellectual Property: A Non-Posnerian Law and Economics Approach \u00bb, 12 Hamline L. Rev. 261 (1988-1989) ; P. Heald, \u00ab Federal Intellectual Property Law and the Economics of Preemption \u00bb, 76 Iowa L. Rev. 959 (July 1991) ; M. J. Sag, \u00ab Beyond Abstraction: The Law and Economics of Copyright Scope and Doctrinal Efficiency \u00bb, 81 Tul. L. Rev. 187 (2006-2007) ; D. Lichtman, \u00ab Copyright as Innovation Policy: Google Book Search from a Law and Economics Perspective \u00bb, 9 Innovation Pol'y &amp; Econ. 55 (2009). Mais voir \u00e9galement A. Rahmatian, \u00ab A Fundamental Critique of the Law-and-Economics Analysis of Intellectual Property Rights \u00bb, 17 Marquette Intellectual Property Law Review 191 (2013).[\/footnote]. En mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle l\u2019analyse \u00e9conomique est aussi ancienne que les droits eux-m\u00eames. Ainsi le <em>Statute of Monopolies<\/em> anglais de 1624[footnote]V. Tome 2, et 1\u00e8re \u00e9d. 2017,<em>\u00a0<\/em>n\u00b0280.[\/footnote] \u00e9tait avant tout une loi d\u2019abolition et de r\u00e9glementation des monopoles. Les brevets n\u2019y sont institu\u00e9s que dans le cadre d\u2019une exception au principe d\u2019interdiction qu\u2019il consacre[footnote]<em>Ibid.<\/em>[\/footnote]. Les consid\u00e9rations de march\u00e9 ne sont pas non plus \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la Loi d\u2019Anne et aux r\u00e9formes qui l\u2019ont suivie en copyright[footnote]V. <em>infra <\/em>n\u00b075. La loi d\u2019Anne contient par exemple une r\u00e9glementation des prix (<em>\u00ab\u00a0it is hereby further Enacted by the Authority aforesaid, That if any Bookseller or Booksellers, Printer or Printers, shall (...) set a Price upon, or Sell or Expose to Sale, any Book or Books at such a Price or Rate as shall be Conceived by any Person or Persons to be High and Unreasonable; It shall and may be Lawful for any Person or Persons to make Complaint thereof [\u00e0 plusieurs autorit\u00e9s de la Couronne] who (...) shall and have hereby full Power and Authority from time to time have hereby full Power and Authority to Reform and Redress the same, and to Limit and Settle the Price of every such Printed Book and Books, from time to time, according to the best of their Judgements, and as to them shall seem Just and Reasonable;\u00a0\u00bb).<\/em>[\/footnote]. Les tribunaux anglais et am\u00e9ricains ont ainsi tr\u00e8s t\u00f4t appliqu\u00e9 des principes de r\u00e9gulation \u00e9conomique pour limiter la port\u00e9e des droits de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, sous l\u2019influence d\u2019id\u00e9es issues d\u2019\u00e9conomistes aussi illustres qu\u2019Adam Smith[footnote]Qui s\u2019int\u00e9ssera d\u2019ailleurs \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle dans le cadre de ses \u00e9tudes sur les monopoles. V. par exemple <em>A. Smith, Lectures on jurisprudence, Cours du 17 janvier 1763 (Lectures on jurisprudence, ed R.. <\/em><em>L. Meek, D. D. Raphael and P. G. Stein, Oxford University Press 1978<\/em>, \u00e9galement disponible en ligne \u00e0 partir du site <em>oll.libertyfund.org<\/em> (<em>The Glasgow Edition of the Works and Correspondence of Adam Smith, vol. <\/em><em>V<\/em>). On y retrouve sans doute la premi\u00e8re expression d\u2019un principe d\u2019\u00e9puisement des droits de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle: <em>\u00ab The only benefit one would have by writing a book, from the natural laws of reason, would be that he would have the first of the market and may be thereby a considerable gainer \u00bb (<\/em>\u00ab Le seul b\u00e9n\u00e9fice que l'on devrait retirer de l'\u00e9criture d'un livre, selon les lois naturelles de la raison, serait d'\u00eatre le premier sur le march\u00e9, et d'avoir par l\u00e0 m\u00eame la possibilit\u00e9 d'en tirer un profit consid\u00e9rable \u00bb)<em>.<\/em>[\/footnote].\r\n\r\nAinsi, si les th\u00e9ories de droit naturel ont eu une influence lors des d\u00e9bats qui ont men\u00e9 \u00e0 l\u2019instauration de la protection (surtout en copyright), elles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminantes dans la justification et la d\u00e9finition de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, qui reste largement per\u00e7ue comme un monopole[footnote]Quand bien m\u00eame le terme <em>property<\/em> a \u00e9t\u00e9 et reste utilis\u00e9, V. <em>infra <\/em>n\u00b026.[\/footnote]. Et partant, comme une exception au principe de libre concurrence. Voire, en for\u00e7ant un peu le trait, et pour reprendre la formule c\u00e9l\u00e8bre de Lord Macaulay prononc\u00e9e en 1841, un \u00ab mal n\u00e9cessaire \u00bb[footnote]<em>\u00ab\u00a0It is good that authors should be remunerated; and the least exceptionable way of remunerating them is by a monopoly. Yet monopoly is an evil. For the sake of the good we must submit to the evil but the evil ought not to last a day longer than is necessary for the purpose of securing the good\u00a0\u00bb<\/em>. Formule tir\u00e9e de son discours \u00e0 la Chambre des Communes en opposition \u00e0 un projet d\u2019extension de la dur\u00e9e du Coyright. On citera \u00e9galement une formule de Thomas Jefferson sur les brevets : \u00ab\u00a0<em>Considering the exclusive right to invention as given not of natural right, but for the benefit of society, I know well the difficulty of drawing a line between the things which are worth to the public the embarrassment of an exclusive patent, and those which are not<\/em>.\u00a0\u00bb (lettre \u00e0 Isaac Mc Pherson, 1813).[\/footnote].\r\n\r\nCette approche pousse \u00e0 une certaine d\u00e9fiance envers les monopoles et les situations de monopole engendr\u00e9es par la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle[footnote]Cette attitude explique ou favorise la remise en question des droits intellectuels, formul\u00e9e notamment dans une litt\u00e9rature hostile \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle ou \u00e0 ses extensions. V. par exemple M. Boldrin et D. K. Levine, Against Intellectual Monopoly, Cambridge University Press, 2010; S Vaidhyanathan, Copyrights and copywrongs: The rise of intellectual property and how it threatens creativity, New York University Press, 2001; L.Lessig, Free Culture, Penguin Publishing, 2004.[\/footnote], et se traduit notamment par des d\u00e9finitions souvent restrictives, ou en tout cas plus restrictives, de la protection[footnote]Voir par exemple le syst\u00e8me des formalit\u00e9s de copyright ou les limites ou exceptions aux monopoles (tous monopoles confondus), g\u00e9n\u00e9ralement plus nombreuses dans les syst\u00e8mes de droit anglo-am\u00e9ricain.[\/footnote].\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\n<strong>7._ La technique l\u00e9gislative_<\/strong> L\u2019autre caract\u00e9ristique de ces syst\u00e8mes tient \u00e0 la mani\u00e8re tr\u00e8s particuli\u00e8re dont les lois, et notamment les lois de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, y sont r\u00e9dig\u00e9es[footnote]E. Steiner, Adoption en Angleterre du style l\u00e9gislatif en vigueur sur le contient: espoirs d\u00e9\u00e7us et perpective d\u2019avenir, Revue Internationale de Droit Compar\u00e9, 3-2006, p. 809.[\/footnote]. Il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir les quelque trois cents articles du CDPA 1998 anglais, ou encore le <em>Patent Act<\/em> des \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique : le niveau de d\u00e9tail, et la complexit\u00e9 de certains articles n\u2019a tout simplement pas d\u2019\u00e9quivalent en droit fran\u00e7ais. Ces choix r\u00e9dactionnels sont principalement dict\u00e9s par la volont\u00e9 de prendre en compte l\u2019ensemble des hypoth\u00e8ses d\u2019application de la loi. Ils s\u2019expliquent \u00e9galement par l\u2019absence de th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale ou de principes g\u00e9n\u00e9raux dans certains domaines, qui imposent par exemple l\u2019introduction de d\u00e9finitions et de r\u00e8gles complexes, proc\u00e9durales ou de droit transitoire, r\u00e9p\u00e9t\u00e9es dans chaque instrument l\u00e9gislatif. De m\u00eame, les r\u00e8gles traditionnelles d\u2019interpr\u00e9tation de la loi, qui privil\u00e9gient une interpr\u00e9tation litt\u00e9rale[footnote]Du moins en Angleterre. En toute hypoth\u00e8se, les canons de l\u2019interpr\u00e9tation et la fa\u00e7on dont ils sont appliqu\u00e9s par les juges des syst\u00e8mes de <em>common law<\/em> leur laissent en pratique assez peu de libert\u00e9.[\/footnote], renforcent l\u2019exigence de pr\u00e9cision de la loi \u00e9crite.\r\n\r\nCe d\u00e9calage ne facilite pas la r\u00e9ception et l\u2019interpr\u00e9tation de certains textes internationaux ou (pour le Royaume-Uni et l\u2019Irlande) europ\u00e9ens dans notre domaine, qui rel\u00e8vent d'une technique r\u00e9dactionnelle tr\u00e8s diff\u00e9rente.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\n<strong>8._ La place de la jurisprudence_<\/strong> On sait que la jurisprudence (<em>case law<\/em>) est source de droit dans les pays de <em>common law<\/em>. La <em>common law<\/em> en est exclusivement issue, et dans les mati\u00e8res qu\u2019elle r\u00e9git le droit a \u00e9t\u00e9 et continue a \u00eatre cr\u00e9\u00e9 (ou d\u00e9gag\u00e9) par le juge. Cependant, en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle la place laiss\u00e9e au juge est plus \u00e9troite, dans la mesure o\u00f9 la plupart des droits concern\u00e9s trouvent leur source dans loi \u00e9crite (<em>statutory law<\/em>). Dans ce contexte, le juge n\u2019intervient le plus souvent que pour appliquer et interpr\u00e9ter les textes. Son r\u00f4le n\u2019est alors pas tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui du juge fran\u00e7ais. Cependant certains secteurs de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle sont toujours largement r\u00e9gis par la <em>common law<\/em>, notamment dans le domaine des signes distinctifs ou en mati\u00e8re de contrats. En outre, la r\u00e8gle du pr\u00e9c\u00e9dent (<em>stare decisis<\/em>) conf\u00e8re \u00e0 la jurisprudence, qu\u2019elle s\u2019exprime dans le domaine de la <em>common law<\/em> ou dans l\u2019application de la loi \u00e9crite, une force particuli\u00e8re[footnote]A noter cependant que cette r\u00e8gle n\u2019a pas la m\u00eame port\u00e9e, au Royaume-Uni et aux \u00c9tats-Unis.[\/footnote]. La jurisprudence occupe donc une place essentielle dans la formation et l\u2019application des r\u00e8gles de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. C\u2019est la raison pour laquelle nous la citerons, de pr\u00e9f\u00e9rence aux articles de doctrine et aux manuels et trait\u00e9s. Le lecteur trouvera dans ces arr\u00eats tr\u00e8s motiv\u00e9s des d\u00e9veloppements historiques et doctrinaux sur les questions abord\u00e9es, qui expriment toute l\u2019intelligence propre \u00e0 ces syst\u00e8mes de droit.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\n<strong>9._ Les mod\u00e8les: Royaume-Uni et \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique_<\/strong> La famille des droits anglo-am\u00e9ricains se divise sch\u00e9matiquement en deux grands mod\u00e8les. Le mod\u00e8le \u00ab\u00a0anglais\u00a0\u00bb ou du Royaume-Uni, d\u2019une part, et le mod\u00e8le des \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique, d\u2019autre part. Comme nous le verrons, le premier a largement influenc\u00e9, y compris dans son approche de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, les syst\u00e8mes juridiques des pays issus de l\u2019ancien Empire colonial britannique (sous r\u00e9serve de particularit\u00e9s relevant du droit public ou constitutionnel). Le second est original, et se distingue \u00e0 la fois par de nombreux aspects de son syst\u00e8me juridique, et par les solutions adopt\u00e9es dans le domaine de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\n<strong>10._ Diff\u00e9rences dues aux syst\u00e8mes juridiques_<\/strong> Aux \u00c9tats-Unis, la R\u00e9volution de 1765 - 1783 a marqu\u00e9 une rupture avec le droit anglais, et notamment avec la <em>common law<\/em> anglaise. Le \u00ab droit am\u00e9ricain \u00bb (nous l\u2019appellerons ainsi, faute de mieux) s\u2019est \u00e9galement d\u00e9velopp\u00e9 dans le cadre d\u2019un syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ral qui accorde une place importante \u00e0 la l\u00e9gislation des \u00c9tats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s. En effet, si la Constitution f\u00e9d\u00e9rale interdit aux \u00c9tats de l\u2019union certains actes r\u00e9galiens (comme le fait de frapper monnaie ou de conclure des trait\u00e9s internationaux) et l'adoption de lois locales\u00a0 contraires \u00e0 la Constitution ou \u00e0 la l\u00e9gislation f\u00e9d\u00e9rale, la plus grande partie du pouvoir l\u00e9gislatif leur reste d\u00e9volu[footnote]La Constitution f\u00e9d\u00e9rale d\u00e9finit en effet de mani\u00e8re limitative les p\u00e9rogatives du Congr\u00e8s et le champ de son intervention. Ainsi, aux termes du 10e amendement \u00e0 la Constitution f\u00e9d\u00e9rale \u00ab <em>The powers not delegated to the United States by the Constitution, nor prohibited by it to the States, are reserved to the States, respectively, or to the people.\u00a0\u00bb<\/em>[\/footnote]. \u00c0 tel point que, s\u2019agissant des nombreux domaines r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 la comp\u00e9tence des Etats ou \u00e0 comp\u00e9tence partag\u00e9e, on peut affirmer qu'il n\u2019y a pas un droit am\u00e9ricain, mais plusieurs droits applicables sur le territoire des \u00c9tats-Unis. Nous en verrons des exemples en mati\u00e8re de protection des signes distinctifs, de concurrence d\u00e9loyale et de protection des secrets.\r\n\r\nLa <em>common law<\/em>, qui n\u2019existe qu\u2019au niveau des \u00c9tats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s, pr\u00e9sente \u00e9galement des caract\u00e9ristiques propres. Dans leur fonction de juge de <em>common law<\/em>, les juges am\u00e9ricains se sont souvent montr\u00e9s assez cr\u00e9atifs, l\u00e0 o\u00f9 les juges anglais ont largement cess\u00e9 le d\u00e9veloppement de la <em>common law<\/em>[footnote]V. par exemple, dans notre domaine, le d\u00e9veloppement du <em>right of privacy<\/em> et du <em>right of publicity<\/em>, o\u00f9 le d\u00e9veloppement de certains torts, et notamment du<em> passing off<\/em>.[\/footnote]. Sous l\u2019influence d\u2019une doctrine plus pr\u00e9sente et plus perm\u00e9able aux propositions civilistes, ils ont \u00e9galement acclimat\u00e9 ou d\u00e9gag\u00e9 certains concepts \u00e9trangers aux autres juristes de <em>common law<\/em>[footnote]On pense, dans notre domaine, \u00e0 la protection de la vie priv\u00e9e et de l'image des personnes. V. Tome 3, et 1\u00e8re \u00e9d. 2017, n\u00b0469.[\/footnote].\r\n\r\nIl faut enfin compter avec l\u2019influence de la Constitution f\u00e9d\u00e9rale, et notamment de ses amendements (<em>Bill of rights<\/em>), sur le fond et la forme du droit. Ces textes constitutionnels ont, nous le verrons, une grande importance en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle[footnote]V. <em>infra <\/em>n\u00b031 \u00e0 40.[\/footnote]. Par contraste, cette constitutionnalisation du droit priv\u00e9 (et de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle) n\u2019a pas pu se d\u00e9velopper au Royaume-Uni, qui ne poss\u00e8de pas de constitution \u00e9crite, et o\u00f9 aucune r\u00e8gle n\u2019est en principe sup\u00e9rieure \u00e0 la loi \u00e9dict\u00e9e par le Parlement. \u00c0 noter cependant qu\u2019un rapprochement peut ici \u00eatre fait entre le droit am\u00e9ricain et le droit des pays de <em>common law<\/em> qui poss\u00e8dent une constitution \u00e9crite, comme l\u2019Australie, le Canada ou la Nouvelle-Z\u00e9lande[footnote]V. <em>infra <\/em>n\u00b043.[\/footnote].\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\n<strong>11._ Diff\u00e9rence des solutions dans le domaine des propri\u00e9t\u00e9s intellectuelles_<\/strong> Au-del\u00e0 du cadre juridique et constitutionnel g\u00e9n\u00e9ral, le Royaume-Uni et les \u00c9tats-Unis ont adopt\u00e9 des solutions tr\u00e8s diff\u00e9rentes en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. Ces diff\u00e9rences s\u2019expliquent en grande partie par l\u2019histoire des relations internationales dans ce domaine.\r\n\r\nLe Royaume-Uni, membre fondateur des grandes conventions internationales de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, a pleinement suscit\u00e9 et accompagn\u00e9 les processus d\u2019harmonisation internationale et europ\u00e9enne de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, au point de modifier \u00e0 plusieurs reprises ses r\u00e9gimes de protection. Par exemple, en copyright le Royaume-Uni a tr\u00e8s t\u00f4t abandonn\u00e9 (d\u00e8s 1911, sous l\u2019influence de la Convention de Berne) les formalit\u00e9s de protection et la protection par <em>common law<\/em>, ainsi que les r\u00e8gles de publication et de calcul de la dur\u00e9e qui leur \u00e9taient associ\u00e9es. Son syst\u00e8me de copyright a d\u00e8s lors \u00e9volu\u00e9 dans une direction assez proche des syst\u00e8mes de droit d\u2019auteur (cat\u00e9gories d\u2019\u0153uvres prot\u00e9g\u00e9es, \u00e9tendue des droits, protection des artistes interpr\u00e8tes, etc.), sous r\u00e9serve bien \u00e9videmment de la question du droit moral (rappelons cependant que des droits moraux de port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale ont \u00e9t\u00e9 formellement introduits au Royaume-Uni en 1988). Les autres formes de protection se sont \u00e9galement rapproch\u00e9es des l\u00e9gislations europ\u00e9ennes par l\u2019effet principalement de l\u2019harmonisation r\u00e9gionale. Les protections \u00e9tablies par le Patent Act 1977 et le Trademark Act 1994 sont de ce point de vue tr\u00e8s diff\u00e9rentes des lois pr\u00e9c\u00e9demment applicables, qui conservaient des caract\u00e9ristiques anciennes (sinon archa\u00efques). Les l\u00e9gislations influenc\u00e9es par le droit anglais ont toutes, \u00e0 des degr\u00e9s et \u00e0 un rythme divers, suivi cette \u00e9volution.\r\n\r\nLa situation est tr\u00e8s diff\u00e9rente aux \u00c9tats-Unis. Le relatif isolement international des \u00c9tats-Unis sur les questions de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 leur a permis, \u00e0 la fois de conserver des solutions anciennes, et de d\u00e9velopper des solutions originales. Ainsi les \u00c9tats-Unis ont longtemps maintenu des solutions techniques abandonn\u00e9es dans les autres syst\u00e8mes de <em>common law<\/em>. C\u2019est surtout vrai en copyright : on citera les formalit\u00e9s de d\u00e9p\u00f4t et de notice de copyright (qui subsistent en partie dans la loi actuelle), la protection des \u0153uvres non publi\u00e9es en <em>common law<\/em>, certaines exclusions de la protection, ou encore les modalit\u00e9s de calcul de la dur\u00e9e de protection \u00e0 compter de la publication. On en trouve \u00e9galement des exemples en mati\u00e8re de brevets[footnote]Absence d\u2019exclusions du champ de la brevetabilit\u00e9, syst\u00e8me du premier inventeur abandonn\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9cemment\u2026[\/footnote] et de marques. \u00c0 l'inverse, les \u00c9tats-Unis ont adopt\u00e9 assez t\u00f4t des solutions innovantes dans le domaine des brevets et des cr\u00e9ations techniques : contr\u00f4le de l\u2019activit\u00e9 inventive d\u00e8s 1836, loi sur les obtentions v\u00e9g\u00e9tales (<em>plant patent<\/em>) d\u00e8s 1930, etc. L\u2019absence, dans le <em>Patent Act<\/em> de 1952, d\u2019exclusions du domaine de la brevetabilit\u00e9 similaires \u00e0 celles \u00e9tablies par la Convention de Munich a \u00e9galement\u00a0 renforc\u00e9 la sp\u00e9cificit\u00e9 du droit des brevets aux \u00c9tats-Unis.\u00a0 Le droit des marques est par ailleurs structur\u00e9 de mani\u00e8re assez diff\u00e9rente aux \u00c9tats-Unis. Tout comme au Royaume-Uni le droit am\u00e9ricain distingue la protection par la <em>common law<\/em> et la loi \u00e9crite. Mais les r\u00e8gles de <em>common law<\/em> dans ce domaine n\u2019ont pas n\u00e9cessairement le m\u00eame contenu (d\u2019autant qu\u2019elles peuvent \u00eatre diff\u00e9rentes selon les \u00c9tats). En outre, la l\u00e9gislation am\u00e9ricaine, qu\u2019il s\u2019agisse de la l\u00e9gislation f\u00e9d\u00e9rale ou \u00e9tatique, a d\u00e9velopp\u00e9 des formes de protection qui compl\u00e8tent et renforce la protection des marques, et qui n\u2019existent pas (en tout cas sous cette forme) dans les autres pays de <em>common law<\/em> : lois d\u2019<em>unfair competition<\/em>, protection du <em>trade dress<\/em>, lois anti-dilution ou lois anti-cyberquatting. Les \u00c9tats-Unis ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 pr\u00e9curseurs (au niveau \u00e9tatique) dans la protection des secrets d'affaires.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\n<strong>12._ La zone d\u2019influence du mod\u00e8le anglais et ses limites_<\/strong> Le droit anglais constitue un mod\u00e8le important dans une sph\u00e8re qui regroupe, en gros, les anciennes colonies ou anciens protectorats du Royaume-Uni, zone traditionnelle d\u2019influence de la <em>common law<\/em> anglaise, ainsi que la plupart des \u00c9tats membres du Commonwealth britannique.\r\n\r\nEn Europe, la r\u00e9publique d\u2019Irlande (qui n\u2019est pas membre du Commonwealth), suit d\u2019assez pr\u00e8s les choix du Royaume-Uni en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. Deux autres \u00c9tats membres de l\u2019Union europ\u00e9enne, Malte et Chypre, s\u2019inspirent \u00e9galement assez largement des lois adopt\u00e9es au Royaume-Uni dans ce domaine[footnote]A noter que le droit maltais n\u2019est pas un pur syst\u00e8me de <em>common law<\/em>. Le droit chypriote est quant \u00e0 lui bas\u00e9 sur le <em>common law<\/em> anglaise, mais emprunte \u00e9galement \u00e0 de nombreuses autres sources. Ces deux syst\u00e8mes suivent cependant traditionnellement les solutions anglaises en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle (les lois anglaises dans ce domaine y ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 leur ind\u00e9pendance, respectivement en 1964 et 1960).[\/footnote]. L\u2019isolement relatif de ces l\u00e9gislations au sein de l\u2019Union europ\u00e9enne explique sans doute la pr\u00e9gnance des solutions des syst\u00e8mes de droit civil dans le processus d\u2019harmonisation europ\u00e9enne de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, notamment en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire et artistique. Le Brexit renforcera tr\u00e8s certainement cette tendance.\r\n\r\nEn dehors de l\u2019Europe, et parmi les syst\u00e8mes de <em>common law<\/em> (ou les syst\u00e8mes mixtes), on citera bien s\u00fbr l\u2019Australie et le Canada, dont il sera question dans cet ouvrage, mais \u00e9galement Hong-Kong, l\u2019Inde, Isra\u00ebl, la Nouvelle-Z\u00e9lande, Singapour et d\u2019autres pays de la zone Asie-pacifique, l\u2019Afrique du Sud et nombreux pays africains anglophones. La plupart de ces pays ont suivi le mod\u00e8le anglais. Ainsi, \u00e0 l'issue de la p\u00e9riode coloniale, les premi\u00e8res l\u00e9gislations de nombreux \u00c9tats membres du Commonwealth en mati\u00e8re de copyright, de brevet et de marques ont consist\u00e9 dans des reprises, quelquefois \u00e0 l'identique, des lois alors en vigueur au Royaume-Uni. Par exemple, le Copyright Act anglais de 1911 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 applicable en Australie par le Copyright Act australien de 1912, o\u00f9 il est rest\u00e9 en vigueur jusqu\u2019en 1968. Ce processus s\u2019est r\u00e9p\u00e9t\u00e9 sous des formes diff\u00e9rentes dans de nombreux pays. Il en est r\u00e9sult\u00e9 une proximit\u00e9 tr\u00e8s forte avec la loi anglaise, renforc\u00e9e pendant longtemps par la valeur d\u2019autorit\u00e9 accord\u00e9e aux d\u00e9cisions anglaises (ceci, dans une mesure pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 lier les cours supr\u00eames nationales).\r\n\r\nCependant, cette influence du droit britannique n'est pas sans limites. Sur certains points les l\u00e9gislations de certains pays membres du Commonwealth, notamment de l\u2019Australie et du Canada, divergent de mani\u00e8re importante de leur mod\u00e8le. Surtout, l'harmonisation europ\u00e9enne a, sur de nombreux aspects, fortement \u00e9loign\u00e9 le Royaume-Uni de ces l\u00e9gislations extraeurop\u00e9ennes[footnote]Le Brexit redonne une certaine libert\u00e9 au Royaume-Uni, mais pr\u00e9serve, du moins dans un premier temps, l'important acquis communautaire dans notre domaine. V. <em>infra<\/em>, n\u00b032.[\/footnote]. Il n\u2019en reste pas moins que ces droits partagent toujours des concepts, des approches, ainsi que de nombreuses solutions propres au droit anglais, de sorte que les points communs sont souvent plus nombreux que les diff\u00e9rences.","rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>4._ Pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale_<\/strong> En mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, les r\u00e9gimes de protection mis en place dans les pays de <em>common law<\/em> pr\u00e9sentent des caract\u00e9ristiques qui les \u00e9loignent de ceux adopt\u00e9s par leurs voisins de tradition romano-germanique. Les diff\u00e9rences, de fond et de forme, sont importantes dans le domaine de la propri\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire et artistique et en mati\u00e8re de signes distinctifs. Elles sont moins prononc\u00e9es en propri\u00e9t\u00e9 industrielle, sauf dans le cas des \u00c9tats-Unis et de certaines l\u00e9gislations extraeurop\u00e9ennes. Mais au-del\u00e0 des solutions de fond et de forme, c\u2019est l\u2019approche g\u00e9n\u00e9rale de la mati\u00e8re qui caract\u00e9rise ces l\u00e9gislations. Il faudra \u00e9galement dire un mot de la technique l\u00e9gislative et de la place accord\u00e9e, dans ce domaine, \u00e0 la jurisprudence, qui sont \u00e9galement caract\u00e9ristiques de ces syst\u00e8mes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>5._ L\u2019approche commercialiste_<\/strong> La <em>common law<\/em> a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e par des tribunaux dont la comp\u00e9tence s\u2019\u00e9tendait aux affaires qui seraient en France qualifi\u00e9es de civiles et commerciales. Et la loi des marchands, qui a exist\u00e9 s\u00e9par\u00e9ment de la <em>common law<\/em>, a \u00e9t\u00e9 progressivement absorb\u00e9e par cette derni\u00e8re<a class=\"footnote\" title=\"Jusqu\u2019\u00e0 y \u00eatre totalement int\u00e9gr\u00e9e au XVIIIe si\u00e8cle.\" id=\"return-footnote-104-1\" href=\"#footnote-104-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>. Ainsi le droit anglais ne conna\u00eet pas de s\u00e9paration stricte entre le droit civil et le droit commercial: en principe les m\u00eames proc\u00e9dures, les m\u00eames r\u00e8gles, les m\u00eames pr\u00e9c\u00e9dents sont appliqu\u00e9s, par les m\u00eames tribunaux, aux litiges civils et commerciaux. En outre, aucun code de commerce, ni aucune r\u00e9forme de l\u2019organisation judiciaire, ne sont venus imposer une sp\u00e9cialisation des juges ou des universitaires. Il en est r\u00e9sult\u00e9 une \u00a0\u00ab commercialisation \u00bb de la <em>common law<\/em> et une sensibilit\u00e9 plus grande des juristes de <em>common law<\/em> aux probl\u00e9matiques du droit des affaires<a class=\"footnote\" title=\"Par exemple, si la common law anglaise a d\u00e9gag\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t des principes de droit de la concurrence au travers du restraint of trade et du tort de passing off, elle n\u2019a jamais d\u00e9velopp\u00e9 de doctrines similaires aux droits de la personnalit\u00e9. Le droit anglais des contrats pr\u00e9sente \u00e9galement les caract\u00e9ristiques d\u2019un droit des contrats commerciaux.\" id=\"return-footnote-104-2\" href=\"#footnote-104-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a>. Pour l\u2019exprimer plus clairement encore, \u00ab\u00a0le droit commercial est une partie int\u00e9grante de la <em>common law<\/em> de l\u2019Angleterre, et constitue peut-\u00eatre l\u2019expression la plus claire de l\u2019esprit v\u00e9ritable de la <em>common law<\/em>\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"\u00ab\u00a0commercial law forms an integral part of the common law of England and, perhaps, is the clearest expression of the true spirit of the common law\u00a0\u00bb C.M. Schmitthoff, &quot;Modern Trends in English Commercial Law&quot; (1957), in Essays on International Trade Law, Martinus Nijhoff Publishers \/ Graham &amp; Trotman, 1988, p 5.\" id=\"return-footnote-104-3\" href=\"#footnote-104-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Cette fusion a cons\u00e9quence importantes, \u00e0 la fois sur la perception de la r\u00e8gle de droit et sur le fond du droit. Le juriste de <em>common law<\/em>, comme le juriste de droit fran\u00e7ais sensible \u00e0 la mati\u00e8re commerciale, aura ainsi tendance \u00e0 privil\u00e9gier les solutions certaines, pr\u00e9visibles, pratiques et efficaces d\u2019un point de vue \u00e9conomique. Ceci explique en partie les difficult\u00e9s pour introduire en droit anglais un principe g\u00e9n\u00e9ral de concurrence d\u00e9loyale, de droit \u00e0 l\u2019image ou de respect de la vie priv\u00e9e. Ou, plus pr\u00e8s de nous, en copyright, un principe de droit moral ou des r\u00e8gles de r\u00e9mun\u00e9ration \u00e9quitable des auteurs. L\u2019impossibilit\u00e9 de d\u00e9terminer avec pr\u00e9cision la lic\u00e9it\u00e9 d\u2019une activit\u00e9 au regard de principes d\u00e9finis de mani\u00e8re trop g\u00e9n\u00e9rale, les risques de litiges et les restrictions induites aux activit\u00e9s \u00e9conomiques, selon le cas, apparaissent inacceptables aux yeux de nombreux juristes de <em>common law<\/em><a class=\"footnote\" title=\"V. sur le droit moral les remarques de Frank J. dans Granz v. Harris, 198 F.2d 585, (2d Cir. 1952) p 590-591, reproduites infra n\u00b0152. Ou sur la concurrence d\u00e9loyale celles de Fry L.J. dans Mogul SS v McGregor Gow (1889) 23 Ch.D. (CA) p. 625\u2013626 : \u00ab to draw a line between fair and unfair competition, between what is reasonable and unreasonable, passes the power of the courts \u00bb (cit\u00e9 in W.R. Cornish et al., Intellectual property, 8e \u00e9d., Sweet &amp; Maxwell 2013, p. 16). L\u2019environnement juridique, et notamment les risques associ\u00e9s \u00e0 un proc\u00e8s, participe \u00e0 renforcer cette attitude. Il faut \u00e9galement tenir compte de l\u2019importance des lobbies (souvent industriels) dans le d\u00e9veloppement des r\u00e9gimes de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, notamment dans le domaine du copyright.\" id=\"return-footnote-104-4\" href=\"#footnote-104-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>En propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, cette approche \u00e9loigne tr\u00e8s fortement le copyright du droit d&rsquo;auteur qui, par contraste, a subi l\u2019influence de certaines doctrines de droit civil (droits de la personnalit\u00e9 notamment) tout en r\u00e9sistant au mod\u00e8le plus commercial appliqu\u00e9 aux autres branches de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. Ainsi les sp\u00e9cialistes de copyright ont-ils naturellement plus d\u2019affinit\u00e9s avec les sp\u00e9cialistes fran\u00e7ais de propri\u00e9t\u00e9 industrielle (mati\u00e8re commerciale par destination, sinon par nature), qu\u2019avec leurs coll\u00e8gues de droit d\u2019auteur. Ce qui explique, au-del\u00e0 de l\u2019ethnocentrisme na\u00eff affich\u00e9 par certains, les incompr\u00e9hensions mutuelles entre certains sp\u00e9cialistes de copyright et de droit d\u2019auteur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>6._ L\u2019importance accord\u00e9e \u00e0 l\u2019analyse \u00e9conomique_<\/strong> Tout chercheur ou praticien dans notre mati\u00e8re aura not\u00e9 l\u2019importance que prend l\u2019analyse \u00e9conomique des droits de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle dans les syst\u00e8mes de droit anglo-am\u00e9ricain<a class=\"footnote\" title=\"Cornish, p. 37\u00a0: \u00ab\u00a0No serious student of intellectual property law can today afford to ignore the economic arguments for and against the maintenance of these rights\u00a0\u00bb. Et la litt\u00e9rature cit\u00e9e.\" id=\"return-footnote-104-5\" href=\"#footnote-104-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a>. Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019un simple effet de l\u2019id\u00e9ologie dominante ou de l\u2019influence de l\u2019\u00e9cole de <em>Law and Economics<\/em>, sensible aux \u00c9tats-Unis principalement, et tr\u00e8s pr\u00e9sente dans notre domaine<a class=\"footnote\" title=\"Notamment sous l\u2019influence de W.M. Landes et R.A. Posner, The Political Economy of Intellectual Property Law, AEI Press 2004; The Economic Structure of Intellectual Property Law, Harvard University Press, 2003. V. par exemple : T. G. Palmer, \u00ab Intellectual Property: A Non-Posnerian Law and Economics Approach \u00bb, 12 Hamline L. Rev. 261 (1988-1989) ; P. Heald, \u00ab Federal Intellectual Property Law and the Economics of Preemption \u00bb, 76 Iowa L. Rev. 959 (July 1991) ; M. J. Sag, \u00ab Beyond Abstraction: The Law and Economics of Copyright Scope and Doctrinal Efficiency \u00bb, 81 Tul. L. Rev. 187 (2006-2007) ; D. Lichtman, \u00ab Copyright as Innovation Policy: Google Book Search from a Law and Economics Perspective \u00bb, 9 Innovation Pol'y &amp; Econ. 55 (2009). Mais voir \u00e9galement A. Rahmatian, \u00ab A Fundamental Critique of the Law-and-Economics Analysis of Intellectual Property Rights \u00bb, 17 Marquette Intellectual Property Law Review 191 (2013).\" id=\"return-footnote-104-6\" href=\"#footnote-104-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a>. En mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle l\u2019analyse \u00e9conomique est aussi ancienne que les droits eux-m\u00eames. Ainsi le <em>Statute of Monopolies<\/em> anglais de 1624<a class=\"footnote\" title=\"V. Tome 2, et 1\u00e8re \u00e9d. 2017,\u00a0n\u00b0280.\" id=\"return-footnote-104-7\" href=\"#footnote-104-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a> \u00e9tait avant tout une loi d\u2019abolition et de r\u00e9glementation des monopoles. Les brevets n\u2019y sont institu\u00e9s que dans le cadre d\u2019une exception au principe d\u2019interdiction qu\u2019il consacre<a class=\"footnote\" title=\"Ibid.\" id=\"return-footnote-104-8\" href=\"#footnote-104-8\" aria-label=\"Footnote 8\"><sup class=\"footnote\">[8]<\/sup><\/a>. Les consid\u00e9rations de march\u00e9 ne sont pas non plus \u00e9trang\u00e8res \u00e0 la Loi d\u2019Anne et aux r\u00e9formes qui l\u2019ont suivie en copyright<a class=\"footnote\" title=\"V. infra n\u00b075. La loi d\u2019Anne contient par exemple une r\u00e9glementation des prix (\u00ab\u00a0it is hereby further Enacted by the Authority aforesaid, That if any Bookseller or Booksellers, Printer or Printers, shall (...) set a Price upon, or Sell or Expose to Sale, any Book or Books at such a Price or Rate as shall be Conceived by any Person or Persons to be High and Unreasonable; It shall and may be Lawful for any Person or Persons to make Complaint thereof [\u00e0 plusieurs autorit\u00e9s de la Couronne] who (...) shall and have hereby full Power and Authority from time to time have hereby full Power and Authority to Reform and Redress the same, and to Limit and Settle the Price of every such Printed Book and Books, from time to time, according to the best of their Judgements, and as to them shall seem Just and Reasonable;\u00a0\u00bb).\" id=\"return-footnote-104-9\" href=\"#footnote-104-9\" aria-label=\"Footnote 9\"><sup class=\"footnote\">[9]<\/sup><\/a>. Les tribunaux anglais et am\u00e9ricains ont ainsi tr\u00e8s t\u00f4t appliqu\u00e9 des principes de r\u00e9gulation \u00e9conomique pour limiter la port\u00e9e des droits de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, sous l\u2019influence d\u2019id\u00e9es issues d\u2019\u00e9conomistes aussi illustres qu\u2019Adam Smith<a class=\"footnote\" title=\"Qui s\u2019int\u00e9ssera d\u2019ailleurs \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle dans le cadre de ses \u00e9tudes sur les monopoles. V. par exemple A. Smith, Lectures on jurisprudence, Cours du 17 janvier 1763 (Lectures on jurisprudence, ed R.. L. Meek, D. D. Raphael and P. G. Stein, Oxford University Press 1978, \u00e9galement disponible en ligne \u00e0 partir du site oll.libertyfund.org (The Glasgow Edition of the Works and Correspondence of Adam Smith, vol. V). On y retrouve sans doute la premi\u00e8re expression d\u2019un principe d\u2019\u00e9puisement des droits de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle: \u00ab The only benefit one would have by writing a book, from the natural laws of reason, would be that he would have the first of the market and may be thereby a considerable gainer \u00bb (\u00ab Le seul b\u00e9n\u00e9fice que l'on devrait retirer de l'\u00e9criture d'un livre, selon les lois naturelles de la raison, serait d'\u00eatre le premier sur le march\u00e9, et d'avoir par l\u00e0 m\u00eame la possibilit\u00e9 d'en tirer un profit consid\u00e9rable \u00bb).\" id=\"return-footnote-104-10\" href=\"#footnote-104-10\" aria-label=\"Footnote 10\"><sup class=\"footnote\">[10]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Ainsi, si les th\u00e9ories de droit naturel ont eu une influence lors des d\u00e9bats qui ont men\u00e9 \u00e0 l\u2019instauration de la protection (surtout en copyright), elles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9terminantes dans la justification et la d\u00e9finition de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, qui reste largement per\u00e7ue comme un monopole<a class=\"footnote\" title=\"Quand bien m\u00eame le terme property a \u00e9t\u00e9 et reste utilis\u00e9, V. infra n\u00b026.\" id=\"return-footnote-104-11\" href=\"#footnote-104-11\" aria-label=\"Footnote 11\"><sup class=\"footnote\">[11]<\/sup><\/a>. Et partant, comme une exception au principe de libre concurrence. Voire, en for\u00e7ant un peu le trait, et pour reprendre la formule c\u00e9l\u00e8bre de Lord Macaulay prononc\u00e9e en 1841, un \u00ab mal n\u00e9cessaire \u00bb<a class=\"footnote\" title=\"\u00ab\u00a0It is good that authors should be remunerated; and the least exceptionable way of remunerating them is by a monopoly. Yet monopoly is an evil. For the sake of the good we must submit to the evil but the evil ought not to last a day longer than is necessary for the purpose of securing the good\u00a0\u00bb. Formule tir\u00e9e de son discours \u00e0 la Chambre des Communes en opposition \u00e0 un projet d\u2019extension de la dur\u00e9e du Coyright. On citera \u00e9galement une formule de Thomas Jefferson sur les brevets : \u00ab\u00a0Considering the exclusive right to invention as given not of natural right, but for the benefit of society, I know well the difficulty of drawing a line between the things which are worth to the public the embarrassment of an exclusive patent, and those which are not.\u00a0\u00bb (lettre \u00e0 Isaac Mc Pherson, 1813).\" id=\"return-footnote-104-12\" href=\"#footnote-104-12\" aria-label=\"Footnote 12\"><sup class=\"footnote\">[12]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Cette approche pousse \u00e0 une certaine d\u00e9fiance envers les monopoles et les situations de monopole engendr\u00e9es par la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle<a class=\"footnote\" title=\"Cette attitude explique ou favorise la remise en question des droits intellectuels, formul\u00e9e notamment dans une litt\u00e9rature hostile \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle ou \u00e0 ses extensions. V. par exemple M. Boldrin et D. K. Levine, Against Intellectual Monopoly, Cambridge University Press, 2010; S Vaidhyanathan, Copyrights and copywrongs: The rise of intellectual property and how it threatens creativity, New York University Press, 2001; L.Lessig, Free Culture, Penguin Publishing, 2004.\" id=\"return-footnote-104-13\" href=\"#footnote-104-13\" aria-label=\"Footnote 13\"><sup class=\"footnote\">[13]<\/sup><\/a>, et se traduit notamment par des d\u00e9finitions souvent restrictives, ou en tout cas plus restrictives, de la protection<a class=\"footnote\" title=\"Voir par exemple le syst\u00e8me des formalit\u00e9s de copyright ou les limites ou exceptions aux monopoles (tous monopoles confondus), g\u00e9n\u00e9ralement plus nombreuses dans les syst\u00e8mes de droit anglo-am\u00e9ricain.\" id=\"return-footnote-104-14\" href=\"#footnote-104-14\" aria-label=\"Footnote 14\"><sup class=\"footnote\">[14]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>7._ La technique l\u00e9gislative_<\/strong> L\u2019autre caract\u00e9ristique de ces syst\u00e8mes tient \u00e0 la mani\u00e8re tr\u00e8s particuli\u00e8re dont les lois, et notamment les lois de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, y sont r\u00e9dig\u00e9es<a class=\"footnote\" title=\"E. Steiner, Adoption en Angleterre du style l\u00e9gislatif en vigueur sur le contient: espoirs d\u00e9\u00e7us et perpective d\u2019avenir, Revue Internationale de Droit Compar\u00e9, 3-2006, p. 809.\" id=\"return-footnote-104-15\" href=\"#footnote-104-15\" aria-label=\"Footnote 15\"><sup class=\"footnote\">[15]<\/sup><\/a>. Il suffit, pour s&rsquo;en convaincre, de parcourir les quelque trois cents articles du CDPA 1998 anglais, ou encore le <em>Patent Act<\/em> des \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique : le niveau de d\u00e9tail, et la complexit\u00e9 de certains articles n\u2019a tout simplement pas d\u2019\u00e9quivalent en droit fran\u00e7ais. Ces choix r\u00e9dactionnels sont principalement dict\u00e9s par la volont\u00e9 de prendre en compte l\u2019ensemble des hypoth\u00e8ses d\u2019application de la loi. Ils s\u2019expliquent \u00e9galement par l\u2019absence de th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale ou de principes g\u00e9n\u00e9raux dans certains domaines, qui imposent par exemple l\u2019introduction de d\u00e9finitions et de r\u00e8gles complexes, proc\u00e9durales ou de droit transitoire, r\u00e9p\u00e9t\u00e9es dans chaque instrument l\u00e9gislatif. De m\u00eame, les r\u00e8gles traditionnelles d\u2019interpr\u00e9tation de la loi, qui privil\u00e9gient une interpr\u00e9tation litt\u00e9rale<a class=\"footnote\" title=\"Du moins en Angleterre. En toute hypoth\u00e8se, les canons de l\u2019interpr\u00e9tation et la fa\u00e7on dont ils sont appliqu\u00e9s par les juges des syst\u00e8mes de common law leur laissent en pratique assez peu de libert\u00e9.\" id=\"return-footnote-104-16\" href=\"#footnote-104-16\" aria-label=\"Footnote 16\"><sup class=\"footnote\">[16]<\/sup><\/a>, renforcent l\u2019exigence de pr\u00e9cision de la loi \u00e9crite.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9calage ne facilite pas la r\u00e9ception et l\u2019interpr\u00e9tation de certains textes internationaux ou (pour le Royaume-Uni et l\u2019Irlande) europ\u00e9ens dans notre domaine, qui rel\u00e8vent d&rsquo;une technique r\u00e9dactionnelle tr\u00e8s diff\u00e9rente.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>8._ La place de la jurisprudence_<\/strong> On sait que la jurisprudence (<em>case law<\/em>) est source de droit dans les pays de <em>common law<\/em>. La <em>common law<\/em> en est exclusivement issue, et dans les mati\u00e8res qu\u2019elle r\u00e9git le droit a \u00e9t\u00e9 et continue a \u00eatre cr\u00e9\u00e9 (ou d\u00e9gag\u00e9) par le juge. Cependant, en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle la place laiss\u00e9e au juge est plus \u00e9troite, dans la mesure o\u00f9 la plupart des droits concern\u00e9s trouvent leur source dans loi \u00e9crite (<em>statutory law<\/em>). Dans ce contexte, le juge n\u2019intervient le plus souvent que pour appliquer et interpr\u00e9ter les textes. Son r\u00f4le n\u2019est alors pas tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui du juge fran\u00e7ais. Cependant certains secteurs de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle sont toujours largement r\u00e9gis par la <em>common law<\/em>, notamment dans le domaine des signes distinctifs ou en mati\u00e8re de contrats. En outre, la r\u00e8gle du pr\u00e9c\u00e9dent (<em>stare decisis<\/em>) conf\u00e8re \u00e0 la jurisprudence, qu\u2019elle s\u2019exprime dans le domaine de la <em>common law<\/em> ou dans l\u2019application de la loi \u00e9crite, une force particuli\u00e8re<a class=\"footnote\" title=\"A noter cependant que cette r\u00e8gle n\u2019a pas la m\u00eame port\u00e9e, au Royaume-Uni et aux \u00c9tats-Unis.\" id=\"return-footnote-104-17\" href=\"#footnote-104-17\" aria-label=\"Footnote 17\"><sup class=\"footnote\">[17]<\/sup><\/a>. La jurisprudence occupe donc une place essentielle dans la formation et l\u2019application des r\u00e8gles de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. C\u2019est la raison pour laquelle nous la citerons, de pr\u00e9f\u00e9rence aux articles de doctrine et aux manuels et trait\u00e9s. Le lecteur trouvera dans ces arr\u00eats tr\u00e8s motiv\u00e9s des d\u00e9veloppements historiques et doctrinaux sur les questions abord\u00e9es, qui expriment toute l\u2019intelligence propre \u00e0 ces syst\u00e8mes de droit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>9._ Les mod\u00e8les: Royaume-Uni et \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique_<\/strong> La famille des droits anglo-am\u00e9ricains se divise sch\u00e9matiquement en deux grands mod\u00e8les. Le mod\u00e8le \u00ab\u00a0anglais\u00a0\u00bb ou du Royaume-Uni, d\u2019une part, et le mod\u00e8le des \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique, d\u2019autre part. Comme nous le verrons, le premier a largement influenc\u00e9, y compris dans son approche de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, les syst\u00e8mes juridiques des pays issus de l\u2019ancien Empire colonial britannique (sous r\u00e9serve de particularit\u00e9s relevant du droit public ou constitutionnel). Le second est original, et se distingue \u00e0 la fois par de nombreux aspects de son syst\u00e8me juridique, et par les solutions adopt\u00e9es dans le domaine de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>10._ Diff\u00e9rences dues aux syst\u00e8mes juridiques_<\/strong> Aux \u00c9tats-Unis, la R\u00e9volution de 1765 &#8211; 1783 a marqu\u00e9 une rupture avec le droit anglais, et notamment avec la <em>common law<\/em> anglaise. Le \u00ab droit am\u00e9ricain \u00bb (nous l\u2019appellerons ainsi, faute de mieux) s\u2019est \u00e9galement d\u00e9velopp\u00e9 dans le cadre d\u2019un syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ral qui accorde une place importante \u00e0 la l\u00e9gislation des \u00c9tats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s. En effet, si la Constitution f\u00e9d\u00e9rale interdit aux \u00c9tats de l\u2019union certains actes r\u00e9galiens (comme le fait de frapper monnaie ou de conclure des trait\u00e9s internationaux) et l&rsquo;adoption de lois locales\u00a0 contraires \u00e0 la Constitution ou \u00e0 la l\u00e9gislation f\u00e9d\u00e9rale, la plus grande partie du pouvoir l\u00e9gislatif leur reste d\u00e9volu<a class=\"footnote\" title=\"La Constitution f\u00e9d\u00e9rale d\u00e9finit en effet de mani\u00e8re limitative les p\u00e9rogatives du Congr\u00e8s et le champ de son intervention. Ainsi, aux termes du 10e amendement \u00e0 la Constitution f\u00e9d\u00e9rale \u00ab The powers not delegated to the United States by the Constitution, nor prohibited by it to the States, are reserved to the States, respectively, or to the people.\u00a0\u00bb\" id=\"return-footnote-104-18\" href=\"#footnote-104-18\" aria-label=\"Footnote 18\"><sup class=\"footnote\">[18]<\/sup><\/a>. \u00c0 tel point que, s\u2019agissant des nombreux domaines r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 la comp\u00e9tence des Etats ou \u00e0 comp\u00e9tence partag\u00e9e, on peut affirmer qu&rsquo;il n\u2019y a pas un droit am\u00e9ricain, mais plusieurs droits applicables sur le territoire des \u00c9tats-Unis. Nous en verrons des exemples en mati\u00e8re de protection des signes distinctifs, de concurrence d\u00e9loyale et de protection des secrets.<\/p>\n<p>La <em>common law<\/em>, qui n\u2019existe qu\u2019au niveau des \u00c9tats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s, pr\u00e9sente \u00e9galement des caract\u00e9ristiques propres. Dans leur fonction de juge de <em>common law<\/em>, les juges am\u00e9ricains se sont souvent montr\u00e9s assez cr\u00e9atifs, l\u00e0 o\u00f9 les juges anglais ont largement cess\u00e9 le d\u00e9veloppement de la <em>common law<\/em><a class=\"footnote\" title=\"V. par exemple, dans notre domaine, le d\u00e9veloppement du right of privacy et du right of publicity, o\u00f9 le d\u00e9veloppement de certains torts, et notamment du passing off.\" id=\"return-footnote-104-19\" href=\"#footnote-104-19\" aria-label=\"Footnote 19\"><sup class=\"footnote\">[19]<\/sup><\/a>. Sous l\u2019influence d\u2019une doctrine plus pr\u00e9sente et plus perm\u00e9able aux propositions civilistes, ils ont \u00e9galement acclimat\u00e9 ou d\u00e9gag\u00e9 certains concepts \u00e9trangers aux autres juristes de <em>common law<\/em><a class=\"footnote\" title=\"On pense, dans notre domaine, \u00e0 la protection de la vie priv\u00e9e et de l'image des personnes. V. Tome 3, et 1\u00e8re \u00e9d. 2017, n\u00b0469.\" id=\"return-footnote-104-20\" href=\"#footnote-104-20\" aria-label=\"Footnote 20\"><sup class=\"footnote\">[20]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Il faut enfin compter avec l\u2019influence de la Constitution f\u00e9d\u00e9rale, et notamment de ses amendements (<em>Bill of rights<\/em>), sur le fond et la forme du droit. Ces textes constitutionnels ont, nous le verrons, une grande importance en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle<a class=\"footnote\" title=\"V. infra n\u00b031 \u00e0 40.\" id=\"return-footnote-104-21\" href=\"#footnote-104-21\" aria-label=\"Footnote 21\"><sup class=\"footnote\">[21]<\/sup><\/a>. Par contraste, cette constitutionnalisation du droit priv\u00e9 (et de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle) n\u2019a pas pu se d\u00e9velopper au Royaume-Uni, qui ne poss\u00e8de pas de constitution \u00e9crite, et o\u00f9 aucune r\u00e8gle n\u2019est en principe sup\u00e9rieure \u00e0 la loi \u00e9dict\u00e9e par le Parlement. \u00c0 noter cependant qu\u2019un rapprochement peut ici \u00eatre fait entre le droit am\u00e9ricain et le droit des pays de <em>common law<\/em> qui poss\u00e8dent une constitution \u00e9crite, comme l\u2019Australie, le Canada ou la Nouvelle-Z\u00e9lande<a class=\"footnote\" title=\"V. infra n\u00b043.\" id=\"return-footnote-104-22\" href=\"#footnote-104-22\" aria-label=\"Footnote 22\"><sup class=\"footnote\">[22]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>11._ Diff\u00e9rence des solutions dans le domaine des propri\u00e9t\u00e9s intellectuelles_<\/strong> Au-del\u00e0 du cadre juridique et constitutionnel g\u00e9n\u00e9ral, le Royaume-Uni et les \u00c9tats-Unis ont adopt\u00e9 des solutions tr\u00e8s diff\u00e9rentes en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. Ces diff\u00e9rences s\u2019expliquent en grande partie par l\u2019histoire des relations internationales dans ce domaine.<\/p>\n<p>Le Royaume-Uni, membre fondateur des grandes conventions internationales de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, a pleinement suscit\u00e9 et accompagn\u00e9 les processus d\u2019harmonisation internationale et europ\u00e9enne de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, au point de modifier \u00e0 plusieurs reprises ses r\u00e9gimes de protection. Par exemple, en copyright le Royaume-Uni a tr\u00e8s t\u00f4t abandonn\u00e9 (d\u00e8s 1911, sous l\u2019influence de la Convention de Berne) les formalit\u00e9s de protection et la protection par <em>common law<\/em>, ainsi que les r\u00e8gles de publication et de calcul de la dur\u00e9e qui leur \u00e9taient associ\u00e9es. Son syst\u00e8me de copyright a d\u00e8s lors \u00e9volu\u00e9 dans une direction assez proche des syst\u00e8mes de droit d\u2019auteur (cat\u00e9gories d\u2019\u0153uvres prot\u00e9g\u00e9es, \u00e9tendue des droits, protection des artistes interpr\u00e8tes, etc.), sous r\u00e9serve bien \u00e9videmment de la question du droit moral (rappelons cependant que des droits moraux de port\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale ont \u00e9t\u00e9 formellement introduits au Royaume-Uni en 1988). Les autres formes de protection se sont \u00e9galement rapproch\u00e9es des l\u00e9gislations europ\u00e9ennes par l\u2019effet principalement de l\u2019harmonisation r\u00e9gionale. Les protections \u00e9tablies par le Patent Act 1977 et le Trademark Act 1994 sont de ce point de vue tr\u00e8s diff\u00e9rentes des lois pr\u00e9c\u00e9demment applicables, qui conservaient des caract\u00e9ristiques anciennes (sinon archa\u00efques). Les l\u00e9gislations influenc\u00e9es par le droit anglais ont toutes, \u00e0 des degr\u00e9s et \u00e0 un rythme divers, suivi cette \u00e9volution.<\/p>\n<p>La situation est tr\u00e8s diff\u00e9rente aux \u00c9tats-Unis. Le relatif isolement international des \u00c9tats-Unis sur les questions de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 leur a permis, \u00e0 la fois de conserver des solutions anciennes, et de d\u00e9velopper des solutions originales. Ainsi les \u00c9tats-Unis ont longtemps maintenu des solutions techniques abandonn\u00e9es dans les autres syst\u00e8mes de <em>common law<\/em>. C\u2019est surtout vrai en copyright : on citera les formalit\u00e9s de d\u00e9p\u00f4t et de notice de copyright (qui subsistent en partie dans la loi actuelle), la protection des \u0153uvres non publi\u00e9es en <em>common law<\/em>, certaines exclusions de la protection, ou encore les modalit\u00e9s de calcul de la dur\u00e9e de protection \u00e0 compter de la publication. On en trouve \u00e9galement des exemples en mati\u00e8re de brevets<a class=\"footnote\" title=\"Absence d\u2019exclusions du champ de la brevetabilit\u00e9, syst\u00e8me du premier inventeur abandonn\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9cemment\u2026\" id=\"return-footnote-104-23\" href=\"#footnote-104-23\" aria-label=\"Footnote 23\"><sup class=\"footnote\">[23]<\/sup><\/a> et de marques. \u00c0 l&rsquo;inverse, les \u00c9tats-Unis ont adopt\u00e9 assez t\u00f4t des solutions innovantes dans le domaine des brevets et des cr\u00e9ations techniques : contr\u00f4le de l\u2019activit\u00e9 inventive d\u00e8s 1836, loi sur les obtentions v\u00e9g\u00e9tales (<em>plant patent<\/em>) d\u00e8s 1930, etc. L\u2019absence, dans le <em>Patent Act<\/em> de 1952, d\u2019exclusions du domaine de la brevetabilit\u00e9 similaires \u00e0 celles \u00e9tablies par la Convention de Munich a \u00e9galement\u00a0 renforc\u00e9 la sp\u00e9cificit\u00e9 du droit des brevets aux \u00c9tats-Unis.\u00a0 Le droit des marques est par ailleurs structur\u00e9 de mani\u00e8re assez diff\u00e9rente aux \u00c9tats-Unis. Tout comme au Royaume-Uni le droit am\u00e9ricain distingue la protection par la <em>common law<\/em> et la loi \u00e9crite. Mais les r\u00e8gles de <em>common law<\/em> dans ce domaine n\u2019ont pas n\u00e9cessairement le m\u00eame contenu (d\u2019autant qu\u2019elles peuvent \u00eatre diff\u00e9rentes selon les \u00c9tats). En outre, la l\u00e9gislation am\u00e9ricaine, qu\u2019il s\u2019agisse de la l\u00e9gislation f\u00e9d\u00e9rale ou \u00e9tatique, a d\u00e9velopp\u00e9 des formes de protection qui compl\u00e8tent et renforce la protection des marques, et qui n\u2019existent pas (en tout cas sous cette forme) dans les autres pays de <em>common law<\/em> : lois d\u2019<em>unfair competition<\/em>, protection du <em>trade dress<\/em>, lois anti-dilution ou lois anti-cyberquatting. Les \u00c9tats-Unis ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 pr\u00e9curseurs (au niveau \u00e9tatique) dans la protection des secrets d&rsquo;affaires.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>12._ La zone d\u2019influence du mod\u00e8le anglais et ses limites_<\/strong> Le droit anglais constitue un mod\u00e8le important dans une sph\u00e8re qui regroupe, en gros, les anciennes colonies ou anciens protectorats du Royaume-Uni, zone traditionnelle d\u2019influence de la <em>common law<\/em> anglaise, ainsi que la plupart des \u00c9tats membres du Commonwealth britannique.<\/p>\n<p>En Europe, la r\u00e9publique d\u2019Irlande (qui n\u2019est pas membre du Commonwealth), suit d\u2019assez pr\u00e8s les choix du Royaume-Uni en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. Deux autres \u00c9tats membres de l\u2019Union europ\u00e9enne, Malte et Chypre, s\u2019inspirent \u00e9galement assez largement des lois adopt\u00e9es au Royaume-Uni dans ce domaine<a class=\"footnote\" title=\"A noter que le droit maltais n\u2019est pas un pur syst\u00e8me de common law. Le droit chypriote est quant \u00e0 lui bas\u00e9 sur le common law anglaise, mais emprunte \u00e9galement \u00e0 de nombreuses autres sources. Ces deux syst\u00e8mes suivent cependant traditionnellement les solutions anglaises en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle (les lois anglaises dans ce domaine y ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 leur ind\u00e9pendance, respectivement en 1964 et 1960).\" id=\"return-footnote-104-24\" href=\"#footnote-104-24\" aria-label=\"Footnote 24\"><sup class=\"footnote\">[24]<\/sup><\/a>. L\u2019isolement relatif de ces l\u00e9gislations au sein de l\u2019Union europ\u00e9enne explique sans doute la pr\u00e9gnance des solutions des syst\u00e8mes de droit civil dans le processus d\u2019harmonisation europ\u00e9enne de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, notamment en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire et artistique. Le Brexit renforcera tr\u00e8s certainement cette tendance.<\/p>\n<p>En dehors de l\u2019Europe, et parmi les syst\u00e8mes de <em>common law<\/em> (ou les syst\u00e8mes mixtes), on citera bien s\u00fbr l\u2019Australie et le Canada, dont il sera question dans cet ouvrage, mais \u00e9galement Hong-Kong, l\u2019Inde, Isra\u00ebl, la Nouvelle-Z\u00e9lande, Singapour et d\u2019autres pays de la zone Asie-pacifique, l\u2019Afrique du Sud et nombreux pays africains anglophones. La plupart de ces pays ont suivi le mod\u00e8le anglais. Ainsi, \u00e0 l&rsquo;issue de la p\u00e9riode coloniale, les premi\u00e8res l\u00e9gislations de nombreux \u00c9tats membres du Commonwealth en mati\u00e8re de copyright, de brevet et de marques ont consist\u00e9 dans des reprises, quelquefois \u00e0 l&rsquo;identique, des lois alors en vigueur au Royaume-Uni. Par exemple, le Copyright Act anglais de 1911 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 applicable en Australie par le Copyright Act australien de 1912, o\u00f9 il est rest\u00e9 en vigueur jusqu\u2019en 1968. Ce processus s\u2019est r\u00e9p\u00e9t\u00e9 sous des formes diff\u00e9rentes dans de nombreux pays. Il en est r\u00e9sult\u00e9 une proximit\u00e9 tr\u00e8s forte avec la loi anglaise, renforc\u00e9e pendant longtemps par la valeur d\u2019autorit\u00e9 accord\u00e9e aux d\u00e9cisions anglaises (ceci, dans une mesure pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 lier les cours supr\u00eames nationales).<\/p>\n<p>Cependant, cette influence du droit britannique n&rsquo;est pas sans limites. Sur certains points les l\u00e9gislations de certains pays membres du Commonwealth, notamment de l\u2019Australie et du Canada, divergent de mani\u00e8re importante de leur mod\u00e8le. Surtout, l&rsquo;harmonisation europ\u00e9enne a, sur de nombreux aspects, fortement \u00e9loign\u00e9 le Royaume-Uni de ces l\u00e9gislations extraeurop\u00e9ennes<a class=\"footnote\" title=\"Le Brexit redonne une certaine libert\u00e9 au Royaume-Uni, mais pr\u00e9serve, du moins dans un premier temps, l'important acquis communautaire dans notre domaine. V. infra, n\u00b032.\" id=\"return-footnote-104-25\" href=\"#footnote-104-25\" aria-label=\"Footnote 25\"><sup class=\"footnote\">[25]<\/sup><\/a>. Il n\u2019en reste pas moins que ces droits partagent toujours des concepts, des approches, ainsi que de nombreuses solutions propres au droit anglais, de sorte que les points communs sont souvent plus nombreux que les diff\u00e9rences.<\/p>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-104-1\">Jusqu\u2019\u00e0 y \u00eatre totalement int\u00e9gr\u00e9e au XVIIIe si\u00e8cle. <a href=\"#return-footnote-104-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-2\">Par exemple, si la <em>common law<\/em> anglaise a d\u00e9gag\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t des principes de droit de la concurrence au travers du <em>restraint of trade<\/em> et du<em> tort <\/em>de<em> passing off<\/em>, elle n\u2019a jamais d\u00e9velopp\u00e9 de doctrines similaires aux droits de la personnalit\u00e9. Le droit anglais des contrats pr\u00e9sente \u00e9galement les caract\u00e9ristiques d\u2019un droit des contrats commerciaux. <a href=\"#return-footnote-104-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-3\"><em>\u00ab\u00a0commercial law forms an integral part of the common law of England and, perhaps, is the clearest expression of the true spirit of the common law\u00a0\u00bb<\/em> C.M. Schmitthoff, \"Modern Trends in English Commercial Law\" (1957), in Essays on International Trade Law, Martinus Nijhoff Publishers \/ Graham &amp; Trotman, 1988, p 5. <a href=\"#return-footnote-104-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-4\">V. sur le droit moral les remarques de <em>Frank J. <\/em>dans <a href=\"https:\/\/law.justia.com\/cases\/federal\/appellate-courts\/F2\/198\/585\/202631\/\">Granz v. Harris<\/a>, 198 F.2d 585, (2d Cir. 1952) p 590-591, reproduites <em>infra <\/em>n\u00b0152. Ou sur la concurrence d\u00e9loyale celles de <em>Fry L.J.<\/em> dans <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Mogul_Steamship_Co_Ltd_v_McGregor,_Gow_%26_Co\">Mogul SS v McGregor Gow<\/a> (1889) 23 Ch.D. (CA) p. 625\u2013626 : \u00ab <em>to draw a line between fair and unfair competition, between what is reasonable and unreasonable, passes the power of the courts<\/em> \u00bb (cit\u00e9 in W.R. Cornish et al., Intellectual property, 8e \u00e9d., Sweet &amp; Maxwell 2013, p. 16). L\u2019environnement juridique, et notamment les risques associ\u00e9s \u00e0 un proc\u00e8s, participe \u00e0 renforcer cette attitude. Il faut \u00e9galement tenir compte de l\u2019importance des lobbies (souvent industriels) dans le d\u00e9veloppement des r\u00e9gimes de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, notamment dans le domaine du copyright. <a href=\"#return-footnote-104-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-5\">Cornish, p. 37\u00a0: \u00ab\u00a0<em>No serious student of intellectual property law can today afford to ignore the economic arguments for and against the maintenance of these rights<\/em>\u00a0\u00bb. Et la litt\u00e9rature cit\u00e9e. <a href=\"#return-footnote-104-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-6\">Notamment sous l\u2019influence de W.M. Landes et R.A. Posner, <em>The Political Economy of Intellectual Property Law<\/em>, AEI Press 2004; <em>The Economic Structure of Intellectual Property Law<\/em>, Harvard University Press, 2003. V. par exemple : T. G. Palmer, \u00ab Intellectual Property: A Non-Posnerian Law and Economics Approach \u00bb, 12 Hamline L. Rev. 261 (1988-1989) ; P. Heald, \u00ab Federal Intellectual Property Law and the Economics of Preemption \u00bb, 76 Iowa L. Rev. 959 (July 1991) ; M. J. Sag, \u00ab Beyond Abstraction: The Law and Economics of Copyright Scope and Doctrinal Efficiency \u00bb, 81 Tul. L. Rev. 187 (2006-2007) ; D. Lichtman, \u00ab Copyright as Innovation Policy: Google Book Search from a Law and Economics Perspective \u00bb, 9 Innovation Pol'y &amp; Econ. 55 (2009). Mais voir \u00e9galement A. Rahmatian, \u00ab A Fundamental Critique of the Law-and-Economics Analysis of Intellectual Property Rights \u00bb, 17 Marquette Intellectual Property Law Review 191 (2013). <a href=\"#return-footnote-104-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-7\">V. Tome 2, et 1\u00e8re \u00e9d. 2017,<em>\u00a0<\/em>n\u00b0280. <a href=\"#return-footnote-104-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-8\"><em>Ibid.<\/em> <a href=\"#return-footnote-104-8\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 8\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-9\">V. <em>infra <\/em>n\u00b075. La loi d\u2019Anne contient par exemple une r\u00e9glementation des prix (<em>\u00ab\u00a0it is hereby further Enacted by the Authority aforesaid, That if any Bookseller or Booksellers, Printer or Printers, shall (...) set a Price upon, or Sell or Expose to Sale, any Book or Books at such a Price or Rate as shall be Conceived by any Person or Persons to be High and Unreasonable; It shall and may be Lawful for any Person or Persons to make Complaint thereof [\u00e0 plusieurs autorit\u00e9s de la Couronne] who (...) shall and have hereby full Power and Authority from time to time have hereby full Power and Authority to Reform and Redress the same, and to Limit and Settle the Price of every such Printed Book and Books, from time to time, according to the best of their Judgements, and as to them shall seem Just and Reasonable;\u00a0\u00bb).<\/em> <a href=\"#return-footnote-104-9\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 9\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-10\">Qui s\u2019int\u00e9ssera d\u2019ailleurs \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle dans le cadre de ses \u00e9tudes sur les monopoles. V. par exemple <em>A. Smith, Lectures on jurisprudence, Cours du 17 janvier 1763 (Lectures on jurisprudence, ed R.. <\/em><em>L. Meek, D. D. Raphael and P. G. Stein, Oxford University Press 1978<\/em>, \u00e9galement disponible en ligne \u00e0 partir du site <em>oll.libertyfund.org<\/em> (<em>The Glasgow Edition of the Works and Correspondence of Adam Smith, vol. <\/em><em>V<\/em>). On y retrouve sans doute la premi\u00e8re expression d\u2019un principe d\u2019\u00e9puisement des droits de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle: <em>\u00ab The only benefit one would have by writing a book, from the natural laws of reason, would be that he would have the first of the market and may be thereby a considerable gainer \u00bb (<\/em>\u00ab Le seul b\u00e9n\u00e9fice que l'on devrait retirer de l'\u00e9criture d'un livre, selon les lois naturelles de la raison, serait d'\u00eatre le premier sur le march\u00e9, et d'avoir par l\u00e0 m\u00eame la possibilit\u00e9 d'en tirer un profit consid\u00e9rable \u00bb)<em>.<\/em> <a href=\"#return-footnote-104-10\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 10\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-11\">Quand bien m\u00eame le terme <em>property<\/em> a \u00e9t\u00e9 et reste utilis\u00e9, V. <em>infra <\/em>n\u00b026. <a href=\"#return-footnote-104-11\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 11\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-12\"><em>\u00ab\u00a0It is good that authors should be remunerated; and the least exceptionable way of remunerating them is by a monopoly. Yet monopoly is an evil. For the sake of the good we must submit to the evil but the evil ought not to last a day longer than is necessary for the purpose of securing the good\u00a0\u00bb<\/em>. Formule tir\u00e9e de son discours \u00e0 la Chambre des Communes en opposition \u00e0 un projet d\u2019extension de la dur\u00e9e du Coyright. On citera \u00e9galement une formule de Thomas Jefferson sur les brevets : \u00ab\u00a0<em>Considering the exclusive right to invention as given not of natural right, but for the benefit of society, I know well the difficulty of drawing a line between the things which are worth to the public the embarrassment of an exclusive patent, and those which are not<\/em>.\u00a0\u00bb (lettre \u00e0 Isaac Mc Pherson, 1813). <a href=\"#return-footnote-104-12\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 12\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-13\">Cette attitude explique ou favorise la remise en question des droits intellectuels, formul\u00e9e notamment dans une litt\u00e9rature hostile \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle ou \u00e0 ses extensions. V. par exemple M. Boldrin et D. K. Levine, Against Intellectual Monopoly, Cambridge University Press, 2010; S Vaidhyanathan, Copyrights and copywrongs: The rise of intellectual property and how it threatens creativity, New York University Press, 2001; L.Lessig, Free Culture, Penguin Publishing, 2004. <a href=\"#return-footnote-104-13\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 13\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-14\">Voir par exemple le syst\u00e8me des formalit\u00e9s de copyright ou les limites ou exceptions aux monopoles (tous monopoles confondus), g\u00e9n\u00e9ralement plus nombreuses dans les syst\u00e8mes de droit anglo-am\u00e9ricain. <a href=\"#return-footnote-104-14\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 14\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-15\">E. Steiner, Adoption en Angleterre du style l\u00e9gislatif en vigueur sur le contient: espoirs d\u00e9\u00e7us et perpective d\u2019avenir, Revue Internationale de Droit Compar\u00e9, 3-2006, p. 809. <a href=\"#return-footnote-104-15\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 15\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-16\">Du moins en Angleterre. En toute hypoth\u00e8se, les canons de l\u2019interpr\u00e9tation et la fa\u00e7on dont ils sont appliqu\u00e9s par les juges des syst\u00e8mes de <em>common law<\/em> leur laissent en pratique assez peu de libert\u00e9. <a href=\"#return-footnote-104-16\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 16\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-17\">A noter cependant que cette r\u00e8gle n\u2019a pas la m\u00eame port\u00e9e, au Royaume-Uni et aux \u00c9tats-Unis. <a href=\"#return-footnote-104-17\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 17\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-18\">La Constitution f\u00e9d\u00e9rale d\u00e9finit en effet de mani\u00e8re limitative les p\u00e9rogatives du Congr\u00e8s et le champ de son intervention. Ainsi, aux termes du 10e amendement \u00e0 la Constitution f\u00e9d\u00e9rale \u00ab <em>The powers not delegated to the United States by the Constitution, nor prohibited by it to the States, are reserved to the States, respectively, or to the people.\u00a0\u00bb<\/em> <a href=\"#return-footnote-104-18\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 18\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-19\">V. par exemple, dans notre domaine, le d\u00e9veloppement du <em>right of privacy<\/em> et du <em>right of publicity<\/em>, o\u00f9 le d\u00e9veloppement de certains torts, et notamment du<em> passing off<\/em>. <a href=\"#return-footnote-104-19\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 19\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-20\">On pense, dans notre domaine, \u00e0 la protection de la vie priv\u00e9e et de l'image des personnes. V. Tome 3, et 1\u00e8re \u00e9d. 2017, n\u00b0469. <a href=\"#return-footnote-104-20\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 20\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-21\">V. <em>infra <\/em>n\u00b031 \u00e0 40. <a href=\"#return-footnote-104-21\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 21\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-22\">V. <em>infra <\/em>n\u00b043. <a href=\"#return-footnote-104-22\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 22\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-23\">Absence d\u2019exclusions du champ de la brevetabilit\u00e9, syst\u00e8me du premier inventeur abandonn\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9cemment\u2026 <a href=\"#return-footnote-104-23\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 23\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-24\">A noter que le droit maltais n\u2019est pas un pur syst\u00e8me de <em>common law<\/em>. Le droit chypriote est quant \u00e0 lui bas\u00e9 sur le <em>common law<\/em> anglaise, mais emprunte \u00e9galement \u00e0 de nombreuses autres sources. Ces deux syst\u00e8mes suivent cependant traditionnellement les solutions anglaises en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle (les lois anglaises dans ce domaine y ont \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 leur ind\u00e9pendance, respectivement en 1964 et 1960). <a href=\"#return-footnote-104-24\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 24\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-104-25\">Le Brexit redonne une certaine libert\u00e9 au Royaume-Uni, mais pr\u00e9serve, du moins dans un premier temps, l'important acquis communautaire dans notre domaine. V. <em>infra<\/em>, n\u00b032. <a href=\"#return-footnote-104-25\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 25\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":1,"menu_order":1,"template":"","meta":{"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":[],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[],"license":[],"part":54,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.droitangloamericaindespi.com\/copyright\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/104"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.droitangloamericaindespi.com\/copyright\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.droitangloamericaindespi.com\/copyright\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.droitangloamericaindespi.com\/copyright\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":17,"href":"https:\/\/www.droitangloamericaindespi.com\/copyright\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/104\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":738,"href":"https:\/\/www.droitangloamericaindespi.com\/copyright\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/104\/revisions\/738"}],"part":[{"href":"https:\/\/www.droitangloamericaindespi.com\/copyright\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/54"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/www.droitangloamericaindespi.com\/copyright\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/104\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.droitangloamericaindespi.com\/copyright\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=104"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.droitangloamericaindespi.com\/copyright\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=104"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.droitangloamericaindespi.com\/copyright\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=104"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.droitangloamericaindespi.com\/copyright\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=104"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}